Croissance ricardienne et croissance schumpétérienne : de Ricardo à Schumpeter, cas de la Chine de Deng Xiaoping à Xi Jinping
- 22 juil. 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 23 juil. 2025
Dans l’histoire de la pensée économique, deux grands noms ont marqué les théories de la croissance de manière profondément différente : David Ricardo, avec sa vision fondée sur les avantages comparatifs et la spécialisation, et Joseph Aloys Schumpeter, qui a mis l’accent sur l’innovation, la destruction créatrice et l’entrepreneur comme moteur de l’évolution économique.

La trajectoire économique de la Chine contemporaine, de la réforme initiée par Deng Xiaoping en 1978 à l’approche centralisée et technologique de Xi Jinping, offre un cas d’étude parfait pour comprendre ces deux approches. Ce texte analyse comment la Chine est passée d’une stratégie de croissance ricardienne à une stratégie davantage schumpétérienne.
1. La croissance ricardienne : l’avantage comparatif et la spécialisation

David Ricardo, économiste classique britannique, a développé au XIXe siècle le concept d’avantage comparatif, selon lequel chaque pays a intérêt à se spécialiser dans la production pour laquelle il est relativement plus efficace, même s’il n’est pas le meilleur dans l’absolu. Cette théorie repose sur la spécialisation, la stabilité technologique et l’échange international.
Application à la Chine de Deng Xiaoping
Lorsque Deng Xiaoping lance les réformes économiques en 1978, il abandonne progressivement l’économie planifiée maoïste pour intégrer la Chine à l’économie de marché mondiale. La stratégie chinoise de cette période est typiquement ricardienne :
Spécialisation dans l’industrie manufacturière à bas coûts (textile, électronique de base, jouets, etc.)
Main-d’œuvre abondante et bon marché comme avantage comparatif
Zones économiques spéciales (ZES) pour attirer les investissements étrangers
Ouverture au commerce mondial, adhésion à l’OMC en 2001
La Chine devient alors "l’atelier du monde", exportant massivement vers les pays occidentaux. Cette phase est marquée par une croissance rapide, alimentée par les exportations, la sous-traitance et l'accumulation de capital physique.
2. La croissance schumpétérienne : l’innovation comme moteur du développement

Depuis le début des années 2010, sous Xi Jinping, la Chine opère une transition majeure. Elle ne veut plus être seulement un producteur à faible valeur ajoutée mais devenir une puissance technologique et innovante. Les éléments schumpétériens sont de plus en plus visibles :
Investissements massifs dans la R&D (la Chine est devenue le 2e pays au monde en dépenses R&D)
Montée en puissance des géants technologiques (Huawei, Alibaba, Tencent, DJI, etc.)
Plan "Made in China 2025" visant à dominer les industries de pointe : intelligence artificielle, robotique, biotechnologie, etc.
Développement d’écosystèmes d’innovation à Shenzhen, Hangzhou ou Pékin
La Chine cherche désormais à maîtriser les chaînes de valeur, à produire des technologies de rupture et à contrôler ses propres standards industriels. Ce mouvement est clairement schumpétérien, reposant sur l’innovation, la numérisation et la montée en gamme.
3. Cas concrets de cette transformation
Période | Stratégie dominante | Illustration concrète |
1980-2000 | Croissance ricardienne | Délocalisation de la production occidentale en Chine ; montée en puissance des ZES |
2000-2010 | Mix ricardien/schumpétérien | Développement de sociétés innovantes dans le matériel informatique (Lenovo) |
2010-2025 | Croissance schumpétérienne assumée | Leadership dans la 5G (Huawei), voitures électriques (BYD), paiements digitaux (WeChat Pay, Alipay) |
4. Défis et contradictions
Cette évolution pose toutefois de nombreux défis à la Chine :
Pression géopolitique croissante des États-Unis (restrictions sur les semi-conducteurs, guerre commerciale)
Vieillissement de la population qui limite la main-d'œuvre disponible
Endettement massif des collectivités locales et du secteur immobilier
Tensions internes entre centralisation politique et esprit entrepreneurial

Conclusion : un modèle hybride en évolution
La Chine illustre une transition fascinante entre deux grands modèles de croissance :
Elle a d’abord appliqué la logique de Ricardo pour se développer rapidement grâce au commerce international.
Elle s’efforce désormais d’appliquer la logique de Schumpeter pour devenir une puissance technologique et créative.
Ce parcours est riche d’enseignements pour les pays africains, notamment la Côte d’Ivoire, qui peuvent tirer profit d’une approche progressive : partir d’une stratégie ricardienne de spécialisation adaptée à leurs ressources actuelles, tout en construisant les bases d’une économie de la connaissance et de l’innovation.




Commentaires